Fondée en 1802 par Bonaparte, la Légion d'honneur était à l'origine le reflet de la France impériale, dont le sort se jouait sur les champs de bataille de l'Europe. Elle récompensait alors largement les soldats, pour ne laisser qu'une part infime au mérite civil.
Forgée dans le fracas de l'épopée impériale, elle allait pourtant survivre à la légende napoléonienne. Après 1815, en s'ouvrant peu à peu à la société civile, elle accompagna le passage tumultueux d'une société militaire à une société industrielle. Cette mutation a bouleversé les idées reçues : les historiens ne devaient plus seulement compter sur des dates comme celles de Valmy, d'Austerlitz ou d’Iéna, mais ils devaient aussi noter celles de la création de la Caisse d'épargne, du percement du canal de Suez ou de la découverte du vaccin. Là encore des hommes accomplissaient des exploits, parfois au prix de leur sang ou de leur vie.
Napoléon avait donné à la Légion d'honneur un incomparable éclat. Napoléon III a su lui rendre un prestige que n'entama pas la honte de Sedan. Après 1870, gâce aux qualités humaines et morales de grands chanceliers tels que les généraux Faidherbe, Février, Davout ou Florentin, elle allait traverser les vingt premières années d'une République naissante agitée, tout en restant sur le plan national et international la plus convoitée des décorations.
De nos jours, bien que largement démocratisée, la Légion d'honneur distingue des individus par rapport à leurs contemporains. Ces récipiendaires, petits ou grands, civils ou militaires, héros souvent tragiques, ont contribué à tisser au fil des années l'histoire d'une décoration qui, depuis son origine, a su conserver tout son prestige et toute sa noblesse. .